Que l'on construise des choses, petit à petit, et qu'il m'en reste le souvenir doux et humide d'une passion qui a pris possession de moi, et a marché dans mes jambes, jusqu'à l'édification. Au fond, une fois la création accomplie, quel était le rôle de Dieu, sinon d'aimer son oeuvre publiquement ? Il brillera aux yeux des autres, peut-être ou non, et s'ennuira aux siens, c'est sûr, jusqu'à ce que l'ennui, cette vapeur qui vous saisit comme du monoxyde de carbonne, l'ait complètement retracté au fond de lui, dans le silence sans fard, comme une araignée se recroqueville fébrilement, frénétiquement, au moment de sa mort.
Alors, il aura détruit d'autres mondes dans leur sommeil, au lieu de les réveiller, les siens, peut-être ceux des autres aussi. L'insecticide est efficace, et s'est propagé.
Emmarbrée dans ce lit-stèle,
Je ne lirai rien ce soir,
Ne parlerai plus, rien de tel
Que s'endormir dans les draps du noir...
C'est le sombre, l'outre-tombe,
C'est le monde qui s'éteint
L'épitaphe aura l'audace
De répondre à mon chagrin.
Dans son
paradis inanimé, il sera un écho à la silhouette dans le ciel,
les couleurs qui se fondent et se confondent, deux solitudes qui se rencontrent. Il n'y aura plus rien que je puisse dire, seulement écouter, et ces mots, ceux qui émanent d'Elle me diront que c'est de moi qu'ils viennent, et je ne saurai plus où est la création dans ce vrac, ni qui Je suis, ni qui Elle est. Je voudrais parfois lui dire qu'il est lassant d'être une partition, alors que c'est un luxe sans pareil, si facile pour moi d'entendre chanter sur un ton juste ce que je voudrais simplement dire.
J'avais autre chose à dire, peut-être, mais je ne me souviens plus.