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Les petites échappées d'un animal fou.

La salle gronde, je me cache, terré au fond de moi, comme un animal traqué, à la fois proie et terrier. Mon existence pèse de plus en plus lourd, je voudrais partir, partir et vite, parce que vraiment, c'est insoutenable, de sentir son existence se décupler avant la toute fin. Nous savons que nous allons être mangé, c'est inévitable. Nous sommes attendus comme le plat de résistance, appétissant, mis au défi de plaire, audacieux peut-être. C'est gratifiant. Nous allons nous servir sur un plateau à notre prédateur, c'est déjà de l'audace. Je me cache, dans les ténèbres, dans les pendrillons noirs, dans les fonds de scène, j'ose bouger pendant les applaudissements, j'ai le souffle lourd, je tremble, je dois avancer, alors je me mets à courir, je pénètre à la lumière, et je cours encore, je m'installe dans le sentiment incrongru de fuite en s'offrant au spectateur, je prends place, et c'est déjà le début, le début de la fin, je cours, je ne me rappelle plus ce que je dois dire et faire, je fuis, ou je ne sais plus l'ordre, et puis c'est bon, tout est revenu, mais je m'en fous, je ne suis plus là, je me suis échappé, enfin.
Le corps s'est libéré de mon âme, c'est bien le seul art où cela peut se produire, et maintenant, il existe comme un corps libre, soumis à ses propres lois, à sa propre mémoire. La sacro-sainte question du Moi est enfin réglée comme il se doit.
Les petites échappées d'un animal fou.

# Posté le dimanche 12 avril 2009 08:29

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